Voyage d’une Bubble dans le désert : « Arrête-toi un instant et partage ton amour »

par Eleonor Picciotto

Voyage d’une Bubble dans le désert : « Arrête-toi un instant et partage ton amour »

Imaginez un lieu où le temps n’existe pas et l’argent a disparu. Un lieu où vous êtes libres de vos mouvements et maîtrisez vos désirs. Pas étonnant que votre montre devienne alors superflue... Réduite à un simple accessoire embellissant votre tenue d’été, elle perd son caractère technique et fonctionnel suisse. Ne posez pas de questions, contentez-vous de lire.

Bienvenue au Burning Man, je vais vous raconter le voyage d’une Burning Bubble !

 

par Eleonor Picciotto

 

 

Créé il y a 31 ans, ce festival musical et artistique mêle l’électro à des créations époustouflantes, des représentations sur scène et des retraites méditatives. De l’aube au crépuscule, quelque 67 000 personnes sillonnent à vélo la Playa sans relâche, à la recherche de leur âme. Construite par des bénévoles, cette ville éphémère est brûlée une semaine plus tard. Le mot d’ordre : « Ne laissez aucune trace ». Parce qu’entre amis, on partage – une autre règle du BM – je vais vous faire part de mes impressions sur cette ville affranchie de toute règle, qui nous a accueillis et à laquelle nous nous sommes acclimatés rapidement... au sens propre du terme.

 

La température extérieure passant de 5 °C la nuit à 42 °C la journée, pas besoin de tenue complète. Les accessoires apportent alors à notre style une dimension nouvelle. D’ailleurs, qui mieux qu’une Corum Bubble pour s’occuper de cette mission ? Mis à part son boîtier rond et ses aiguilles en forme de feuilles ajourées garantissant une meilleure lecture, la Bubble ne ressemble à aucune autre parure de la Playa.

 

Orner mon poignet de montres qui tiennent plus de l’œuvre d’art fun que d’un véritable bijou de technicité m’a entraîné dans une suite de péripéties inimaginables.

Tout d’abord, le cadran de la Bubble 52 Stop présente le design original d’un panneau Stop similaire à celui des chantiers. Brillant dans la poussière de la Playa, ses quatre lettres blanches adressent un authentique message d’amour. « Arrête-toi un instant et partage ton amour, m’a dit un homme vêtu d’un boxer léopard et d’oreilles de lapin équipées de LED, et n’oublie pas mon free hug. » Ensuite, il m’a fixée du regard et m’a demandé s’il pouvait être mon Jon Snow. Je dois avouer qu’à ce moment-là, je n’avais franchement pas la moindre idée de ce qu’il racontait. Snow ? Dans le désert ? Sérieux, gars... T’aurais pu faire preuve d’un peu plus de créativité. Mais bon, cette pensée a bien vite disparu lorsque mon âme d’Ygrid s’est éveillée.

 

En parlant de créativité : présentée en début d’année, la Big Bubble Anima a été imaginée par l’artiste italien Matteo Ceccarini, qui s’est bâti une réputation de DJ, producteur de musique et concepteur son. Si Burning Man était un événement commercial, ce serait pour lui l’occasion parfaite pour faire sa propre promotion. Désolé, Matteo, j’ai eu l’indécence de voler ton mouvement – et techniquement ta montre – pour passer le contrôle d’insécurité avant d’embarquer dans un Boeing 747 reconverti, qui a réussi à atterrir sur la Playa après plusieurs tentatives.

 

Le steward d’un jour a remarqué le grand œil sur mon poignet, tandis que j’attendais patiemment mon tour afin d’être « contrôlée ». Il s’est alors approché de moi et m’a proposé de passer devant tout le monde si je parvenais à lui donner une réponse satisfaisante à cette question : étais-je si maligne que cela pour connaître l’heure réelle dans un lieu où le temps n’existait pas ? Je lui ai répondu que je ne portais pas de montre, mais une œuvre d’art vivante nommée Anima.

 

« En latin, le terme “anima” signifie “âme”. Et puisque les yeux sont le miroir de l’âme, je te conseille de ne pas regarder mon poignet trop longtemps... Tu risques d’y découvrir tes secrets les plus enfouis. »

 

Il a alors lâché un énorme : « P*****, ça, c’est de la réponse ! Tu peux entrer, mais fais gaffe : je te surveille », a-t-il dit en m’adressant un clin d’œil. Voilà comment je suis entrée dans ce Boeing 747.

 

Ce jour-là, j’ai compris une chose : les cartes de fidélité, c’est tellement surfait.